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Engagement militant

Extrait de l’entretien n°26 : "L’année 1990 : retour au militantisme", p. 117.

C’est à cette époque que je commence à militer. Nous sommes quatre de la CMDT à avoir été relevés de nos fonctions, Soumaïla Cissé, Mamadou Diawara, Mamadou Ba et moi-même. Tous ont été réhabilités d’une façon ou d’une autre, sauf moi. Mais le poste que je m’étais fabriqué me convenait, même si j’avais perdu de nombreux avantages. Nous nous réunissons donc tous les quatre dans le petit bureau de Soumaïla Cissé… et nous décidons de nous occuper de Moussa Traoré ! Nous participons à la création des associations démocratiques : le CNID (Congrès national d’initiative démocratique), dirigé par maître Mountaga Tall, l’ADEMA (Alliance pour la démocratie au Mali) dirigée par Abdramane Baba Touré, l’AEEM (Association des élèves et étudiants maliens). Ces associations ont des origines différentes. L’ADEMA, créée le 25 octobre 1990, est issue des combats antérieurs, c’est le produit de différents partis qui étaient dans la clandestinité et luttaient contre le pouvoir militaire. La création de l’ADEMA n’est pourtant pas tombée du ciel. Il nous a fallu trouver dans l’arsenal des lois du régime militaire celles qui nous permettraient de créer des associations. Nous avons été aidés pour cela par un magistrat, Louis Marie Bastide qui deviendra, après le renversement du régime militaire, ambassadeur du Mali en Afrique du Sud.

Tout se fait très vite, une multitude d’autres associations se créent et participent à la lutte pour la démocratie. La lettre ouverte du 7 août 1990 a fait suite à une grande conférence qui a eu lieu au stade omnisport. Cette conférence, dirigée par Djibril Diallo, membre du parti au pouvoir UDPM (Union démocratique du peuple malien) était autorisée et tout le monde pouvait y intervenir. La lettre ouverte pensée, conçue et proposée à signature a été « l’étincelle qui a mis le feu à la plaine » pour reprendre les termes de Mao. J’étais parmi les 100 premiers signataires, sans avoir consulté les trois autres signataires de la CMDT. Et l’énergie que nous mettions à faire tourner les usines, nous l’avons mise à militer !

Tous ces événements se matérialisent par une grande marche démocratique, le 30 décembre 1990 dont j’ai pris la tête avec ma voiture personnelle.