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Transfert à l’Office du Niger

Extrait de l’entretien n°2 : "Exil", p. 11.

En 1944, mes parents déménagent de Namassè, petit village Mossi, à Kolongotomo. Ma soeur cadette, nommée Kayoulou, est encore une fillette et moi, je peux déjà courir. Ce transfert n’est pas pour ma famille un événement heureux et apparaît plutôt comme une mesure de répression. En effet, mon grand-père ne s’est pas montré très coopératif avec l’administration coloniale et comme beaucoup de familles indésirables, nous sommes expatriés de manière autoritaire. La famille de ma mère avait été envoyée en Côte d’Ivoire pour cultiver le cacao et le café. Je n’ai jamais bien connu ma famille maternelle, sinon par les récits de ma mère.

Pour nous, l’exil commence donc en 1944. L’administration française a affrété des camions gazogènes pour transporter les femmes et les enfants. Quant aux hommes, escortés par des gardes, ils font le voyage à pied, 18 à 20 jours de marche... Pour la France, il s’agit d’envoyer des gens travailler sur les terres, nouvellement aménagées, de l’Office du Niger. Les populations sont à la merci de l’administration coloniale qui n’hésite pas à séparer les familles.

Le regroupement entre les hommes et les femmes et les enfants se fait à Kirango près de Markala. L’aménagement des terres de l’Office a été réalisé en s’appuyant sur la population locale, recrutée dans l’armée et appelée « la deuxième portion ». Ce contingent réalise les infrastructures destinées à l’irrigation des terres : il s’agit en fait de travaux forcés déguisés.